Lorsqu'on est un continent jeune de part sa population, riche de sous-sol, ayant déjà adopté les NTIC comme ode de travail et la capacité à apprendre et à se débrouiller comme mode de vie, que manque-t-il pour atteindre ce que les politiciens appellent "émergence" en Afrique ?
A l'évidence, courir dans toutes les directions ne sert qu'à dépenser une énergie folle pour tourner en rond, et surtout reproduire sans réfléchir les erreurs de l'Occident n'est pas émerger, mais rentrer dans le troupeau des moutons de Panurge pour finir dans le ravin. 

Pourquoi est-il si important pour l'Afrique de se tourner vers ce modèle de logiciel libre et de «hacking », terme qui, après des années de mauvaise compréhension, se fait petit à petit une place dans le monde de l'innovation ?
Pour réussir, il faut un but, un modèle, un idéal, non pas repris de nos ancêtres ou de l'extérieur mais construit à partir de ce que l'on sait, de ce que l'on vit, mais aussi et surtout de ce que l'on a envie. Et pour cela il faut des outil, ne pas acheter la belle voiture survendue par la publicité mais se donner les moyens de construire SA vision du déplacement de demain, ou même du non déplacement et donc de l'utilisation des NTIC pour favoriser le télétravail et intégrer dès le début la démarche écologique dans la construction d'un modèle de vie typiquement africain. 
Les NTIC et les nouveaux modes de travail, tout le monde s'accorde à dire qu'ils ont et auront une place de plus en plus importante en Afrique, mais tout comme la jeunesse d'un pays ne sert à rien si elle ne peut travailler à son développement, ne pas disposer d'outils adaptés pour faire de ces NTIC un formidable outil au service des populations peut rapidement se retourner contre l'Afrique. Après s'être vu imposer des institutions inadaptées qui ont conduit les pays d'Afrique à un retard de développement considérable, il serait navrant que la domination des GAFAD (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) impose à l'Afrique un nouveau cadre totalement obsolète et inadapté ne permettant pas à ses jeunes entrepreneurs de développer les outils dont ils ont besoin pour avancer. Quand on voit que beaucoup d'entreprises tournent avec WindowsXP (piraté bien sûr) et n'intègrent aucune notion de sécurisation des données alors que les outils existent, on se dit qu'un gros travail reste à faire. 
Pourquoi alors défendre, tout spécialement en Afrique, le logiciel libre et le hacking ? Parce que la construction progressive de logiciels et d'outils appropriés, issus de l'expérience de ceux qui travaillent avec, de manière souveraine et avec la garantie qu'un embargo ne viendra pas les rendre inopérants est d'abord et avant tout un élément indispensable de la construction de l'Afrique de demain. Et ne vous y trompez pas jeunes entrepreneurs, vos dirigeants ne vous y aideront pas, les multinationales et institutions qui vous offrent chaque semaine des voyages et des cadeaux ne vous y aideront pas, car tout ce petit monde ne peut en aucun cas comprendre vos besoin, vos envies, vos rêves. Il vous faudra retrousser vos manches pour construire vos outils, avec vos méthodes de travail. D'ailleurs, quand on voit l’inefficacité des transports dans la plupart des grandes villes, il vous faudra construire vos méthodes de travail. Dans cette tâche complexe vous trouverez deux alliés, le hacking et le logiciel libre. 
Le hacking, c'est la bidouille, c'est à dire le fait d'essayer encore en encore à partir de ce qui existe pour réussir à résoudre un problème, ou même à créer quelque chose. C'est déconstruire l'existant pour en comprendre le fonctionnement et en extraire les éléments intéressant pour la construction de nouvelles choses. Pour cela il faut démonter, dévisser, découper, parfois casser. Puis revisser, remonter différemment, reconstruire, et parfois ça fume, ça brûle, ça chauffe, ça ne fonctionne pas. Alors on réessaie, on essaie de comprendre ce qui n'a pas fonctionné, et on corrige petit à petit pour arriver non pas à une solution toute faite, mais à la solution à la fois réaliste et surtout maîtrisée qui deviendra à son tour un jour l'objet à démonter, mais aussi et surtout l'outil permettant d'avancer petit à petit vers la réussite.

Pourquoi alors le logiciel libre ? Quand les éditeurs se fichent du piratage en Afrique parce que pour eux de toute manière l'Afrique ne représente rien, quand il est facile de trouver sur le « marché français au revoir » de vieilles machines avec des licences de logiciels abandonnées par leurs anciens propriétaires parce que jugées obsolètes ? Tout simplement parce que ces logiciels sont européens, américains, chinois, japonais, et jamais ne seront africains. Ils ne peuvent être démontés, adaptés, réutilisés, ils ne peuvent qu'apporter de nouvelles contraintes, tout comme ces institutions imposées qui n'ont pas changé depuis des années et qui font que des vieux gouvernent aujourd'hui un continent qui a un grand besoin de jeunesse et de fraîcheur. Le logiciel libre n'appartient pas à l'occident, il appartient à tous ceux qui veulent le partager, le démonter, le tester, l'adapter. Il est le produit de cette mondialisation positive qui a permis à tous les entrepreneurs du web de créer un socle commun pour avancer ensemble. Dans ce contexte, loin de se contenter d'essayer encore et encore de prendre le train du « développement » en marche, vieille locomotive du capitalisme focalisée sur le PIB et dont la destinée est incertaine, l'Afrique peut construire sa propre voie, pour aller non pas où de grands dirigeants et PDG veulent la voir aller, mais là où les africains rêvent de l'amener. 
Alors il faut en Afrique que ces lieux de hacking, de partage, de liberté, d'échange voient le jour, que le logiciel libre trouve toute sa place à l'heure où l'occident peine à se défaire du piège du logiciel privateur qui a enfermé ses données au point de lui faire perdre sa souveraineté, que de cette liberté commune naissent les idées qui feront l'Afrique de demain, avec ses outils, sa manière d'avancée qu'elle seule peut comprendre. C'est dans ces lieux où l'on prend le temps de comprendre que demain se construit, c'est ici que se trouve ce qui fera que demain l'Afrique ne fera pas seulement que trouver sa place dans le monde, mais y apportera une contribution significative.
Le logiciel libre lui sera toujours là, outil discret, souvent décrié par les partisans du vieux capitalisme, mais il apporte indéniablement sa contribution partout où il est utilisé et est en retour renforcé par ses utilisateurs pour le bien de tous. Et le modèle du « hacking » auquel il a donné naissance transforme petit à petit toutes les couches de la société, tous les corps de métiers, toutes les institutions. C'est pour cela qu'il est patrimoine immatériel de l'humanité, car il fait partie de ces inventions qui aident les sociétés humaines à se construire et à vivre ensemble pour fonder le « village mondial » dans lequel l'Afrique sera un acteur majeur, indépendant, et ayant réussi là où d'autres sont peut être en train d'échouer …
Alors la prochaine fois que l'on vous parle de fablab, hackerspace, de logiciel libre, prenez le temps de vous demander si cela ne vaut pas la peine pour vous, vos enfants, votre continent, de prendre le temps de perdre vos mauvaises habitudes acquises par mimétisme et de vous lancer vous aussi dans l'aventure.